Sturla Gunnarsson, 1re partie: Les débuts de sa carrière

Interviewed by Evelyn Ellerman at Toronto on Mars, 2012

Je m’appelle  Sturla Gunnarsson. Je suis réalisateur, écrivain et parfois producteur, en autodéfense. Actuellement, je suis Président de la Guilde des réalisateurs, et je travaille encore comme réalisateur.

Je suis entré dans le métier de réalisateur après avoir fini mes études universitaires. J’ai étudié les sciences politiques et la littérature anglaise. J’ai alors toujours été intéressé par les rapports entre l’art et la société, entre l’individu et le moment historique. J’ai passé beaucoup de temps à voyager au début, parce que je ne savais pas vraiment ce que je voulais faire. Alors, j’ai passé plusieurs années à travailler comme ouvrier : sur un bateau de pêche en Islande, j’ai travaillé comme berger en Crète, en construction pétrolière sur la  Mer du Nord …Quand je suis revenu au Canada, j’ai pensé que si je pouvais trouver un moyen de continuer à voyager dans des mondes dont je ne connaissais rien et faire quelque chose de tout cela…et si je pouvais gagner ma vie avec ça, ce serait une vocation passionnante pour moi.

A l’université, j’avais déjà fait des films. C’était au temps des journées multidisciplinaires où votre essai anglais pouvait être un film. Je pense que ma première rencontre avec l’industrie du spectacle était un film sur le développement d’une conscience révolutionnaire parmi les paysans de la province de Hunnan en 1948. C’était ce genre de chose.  C’était durant les années 70. Quand je suis revenu, j’ai pensé que c’était ce que je voulais faire, alors, j’ai suivi un programme préparatoire au deuxième cycle en cinématographie et j’ai fait un film d’étudiant qui a trouvé grâce et a gagné de nombreux prix au Canada, aux États-Unis et en Europe. Tout cela m’a amené d’un film à un autre.

Ainsi, pendant plusieurs années, j’ai fait des films en raclant ensemble des ressources. J’avais de la chance si j’étais capable d’acheter le matériel de film, sans parler d’en faire mon gagne-pain. Mais il est arrivé par hasard un jour que quelqu’un m’a appelé et m’a dit : «Aimeriez-vous faire un film pour moi?» Et j’ai pensé : «Comment? Vous voulez dire que vous allez me payer?» Et c’est comme ça que ma carrière a commencé. Mon film, dans ce scenario était un documentaire. Et cette fois-ci encore, j’ai été touché par la grâce. J’ai été nommé pour un Oscar. Alors tout d’un coup, je suis devenu un réalisateur détenteur d’un Oscar. Je ne savais pas pourquoi, j’étais un réalisateur ignorant, ayant gagné un Oscar. Ensuite, j’ai fait plusieurs documentaires avant de créer mon premier long métrage qui était au sujet de l’immunité diplomatique. C’était un film se situant à El Salvador, au sujet de la guerre dans ce pays et perçu du point de vue d’un aide officier canadien. Cela m’a amené à d’autres choses.

Ellerman. Vous êtes revenu au Canada à un moment intéressant pour le développement du film. C’était le début des corporations provinciales organisées pour financer les films localement. Les années 70 étaient des périodes de gestation pour cela, certainement pour la production anglophone et vraisemblablement au Québec. Pouvez-vous cette période pour la réalisation de film au Canada, et le genre de climat où les réalisateurs travaillaient?   Quel était l’accueil du public? Et comment les gouvernements aidaient-ils le financement des films?

G. Eh bien, il est toujours difficile, quand vous êtes au milieu de quelque chose, d’en avoir une perspective. A cette époque-là, c’était en 1977 et 1978 pour moi, savoir que si je pouvais ramasser suffisamment d’argent pour acheter de la pellicule et payer le laboratoire, c’était suffisant. En ce temps-là, on aurait volé de la nourriture et vécu dans un taudis. C’était  ce que nous faisions. C’était le début  de la Canadian Film Development Corporation; ils venaient tout juste de commencer. Un de mes  instructeurs de film, Peter Ryan, venait de faire un film intitulé The Supreme Kid (1976). Zale Dalen venait de faire un film intitulé Skip Tracer (1977). C’était ce  à quoi nous aspirions. C’étaient des films qui étaient  financés par action par la Canadian Film Development Corporation, avec un budget très faible, peut-être  100 – 150 dollars. Ça nous semblait une rançon royale.

Dès que nous sommes arrivés aux années 80, l’expérience de la construction nationale a commencé pour de bon à partir des premiers succès de Canadian Film Development Corporation, qui a  conduit à Telefilm et ensuite, nous avons commencé à voir entrer en jeu ces agences de financement provinciales. Il y avait un sentiment de fierté dans cette idée que vous pouviez  faire des films qui parlent votre propre langue, qui se sert de vos propres références culturelles, et qui reflétaient votre propre expérience. Je me rappelle que quand j’ai vu pour la première fois Montréal Main (1974), ça a été une révélation. J’ai pensé : «Fabuleux! On peut faire un film comme ça au Canada!» On ne peut pas sous-estimer l’impact  de cela sur l’ensemble des citoyens; J’ai grandi dans un Canada où on pensait qu’il ne se passait rien d’important ici. Tout ce qui avait de l’importance se passait aux États-Unis, parce que c’était ce qu’on voyait à la télévision, ce qu’on voyait à l’écran. Quand nous avons commencé à comprendre que notre propre réalité pourrait vraiment servir de pâture aux récits cinématographiques, ç’a été une idée très puissante.

Sturla Gunnarsson, 2ème partie: Distribution et le rôle de la politique publique