Richard Stursberg, 1re partie: Politique et de la production

Interviewed by Fil Fraser at Banff World Media Festival on Juin, 2011

Je m’appelle Richard Stursberg et je ne fais pas grand chose en ce moment, je travaille juste sur quelques projets.

Fraser.  Cela fait longtemps que vous travaillez dans cette industrie. Je vous ai rencontré pour la première fois lorsque vous étiez SMA au Ministère des Communications de l’époque, sous Marcel Mas. Vous avez participé, d’une manière ou d’une autre, à la naissance de la politique en matière de radiodiffusion et de cinématographie canadiennes de l’ère moderne.

Stursberg.  Je ne suis pas si vieux que ça ! Oui, j’ai été Sous-ministre Adjoint au Ministère des Communications dans les années 1980.  J’en suis parti à la fin des années 1980 pour aller dans le secteur privé. D’environ 1995 à environ 2000, j’ai présidé l’Association Canadienne de Télévision par Câble, où vous et moi avons eu de nombreuses et « heureuses » expériences ensemble. Puis, après cela, j’ai dirigé une société de télévision par satellite, maintenant connue sous le nom de Shaw direct. Il s’agit de la société de radiodiffusion directe à domicile par satellite appartenant à Shaw.  J’ai été à la tête du Fonds Canadien de la Télévision, devenu aujourd’hui le Fonds des Médias du Canada. J’ai ensuite dirigé Téléfilm pendant trois ans, et vous étiez au Conseil à l’époque je m’en souviens. J’ai dû vous appeler pour vous supplier de vous joindre au Conseil.

F.  Ce fut facile de me convaincre.

S. C’est une histoire drôle. Je la raconte souvent, le fait de vous avoir appelé après toutes ces années passées auprès de la télévision câblée. Et depuis six ans, je dirige les Services en Anglais de la CBC.

F.  Parlez-nous du lien entre la politique gouvernementale et l’évolution de l’industrie de la production canadienne.

S.  En ce qui concerne l’industrie de la production canadienne en elle-même, cela a vraiment commencé en 1983, avec la création de la première tranche de financement pour un financement par actions de la télévision.  Ce fut géré par Téléfilm. Ça a été la première fois, si je ne me trompe, que le gouvernement a créé un fonds comme celui-ci, et l’objectif de ce fonds était précisément de créer une industrie de la production indépendante. C’était aussi une façon indirecte de donner de l’argent à la CBC. Mais ce qui avait été convenu avec la CBC, c’est qu’ils ne pourraient prendre l’argent qu’à condition de travailler avec les producteurs indépendants. 

Ainsi, au cours des 30 dernières années, la préoccupation du gouvernement a été de créer une industrie de la production indépendante qui survive, que ce soit grâce au Fonds Canadien de la Télévision, à présent le Fonds des Médias du Canada, ou grâce à une structure de crédits d’impôts. Mon sentiment est qu’il y a une grande tension autour de tout cela, qui n’a jamais été correctement résolue : comment mesurer le succès ? 

F.  Ce que vous êtes en train de décrire, c’est un changement fondamental de l’attitude du gouvernement envers l’industrie. Ils ont considéré le fonds comme une manière d’amorcer la pompe. Je me souviens de Judy Lamarche disant qu’ils donneraient 10 millions de dollars et que l’industrie ne devrait alors compter que sur elle-même.

S.  Nous comprenons tous les structures de coûts. En ce moment, faire un superbe programme en langue anglaise au Canada coûte environ 1.5 millions de dollars par heure pour une dramatique. Pour ces 1.5 millions de dollars, les diffuseurs collectent habituellement environ 400,000 dollars en redevances et génèrent peut être 200,000 dollars de revenu. Et voilà tout ce dont ils disposent pour concurrencer les programmes américains faits avec un budget de 4 à 5 millions de dollars par heure. Il faut clairement faire quelque chose pour combler cet écart, si nous voulons que ces programmes se fassent. Le gouvernement a fini par comprendre que la seule façon dont l’écart serait comblé serait à travers une forme de financement permanent grâce au Fonds des Médias et au travers de crédits d’impôts.

F.  Vous pensez donc que ces programmes attireraient de grandes audiences.

S. Je pense que les gens n’ont pas été clairs sur les critères du succès. Si l’on revient en arrière, au temps des quotas de la CRTC, ceux-ci étaient basés sur le nombre d’heures de télévision produites. Au tout début du fonds de la télévision, ils se vantaient du nombre d’heures de télévision qu’ils finançaient. C’était un peu comme une usine à chaussures de style soviétique. « Camarades ! Nous avons fait 20,000 paires de chaussures ! Nous avons rempli notre quota ! » Et si les chaussures prenaient l’eau sous la pluie ou étaient toutes du pied gauche ne semblait importer à personne.

On observe depuis peu de temps un désir hésitant de passer à des mesures du succès plus dures et plus sensées que simplement le nombre d’heures produites. Et la mesure du succès selon moi a toujours été de savoir si quelqu’un regarde ces choses ou non. S’ils ne les regardent pas, que ce soit des longs métrages ou la télévision, alors vous avez échoué. Cette position est considérée comme assez controversée : de mesurer le succès selon si oui ou non les canadiens ont aimé ce qu’on leur a offert. C’est considéré comme radical, dangereux !

F.  Comment mesurez-vous le succès de nos politiques ?

S. Ce sont des politiques difficiles. Elles ont tendance à être impopulaires car elles imposent à tous des critères difficiles. Vous ne pouvez pas vous consoler à la pensée que personne ne l’a regardé, mais à la pensée que c’était avant-gardiste, artistique ou sophistiqué, en bref à toute autre pensée que le fait que c’était intéressant ou irrésistible aux yeux de l’audience. C’est en fait l’audience qui impose les critères les plus difficiles, parce que vous savez exactement où vous en êtes. Ils ont regardé le programme, ou ils ont acheté les billets au guichet, et nous pouvons mesurer ça. Cela me frappe de constater qu’il y ait le moindre débat à ce propos, car le Canada anglais, pas le Canada français, est le seul pays industrialisé au monde dans lequel les gens préfèrent les programmes de télévision autres que les leurs. Le seul ! Nous aimons notre propre musique, nos propres livres, journaux et magazines, mais nous n’aimons pas nos propres programmes de télévision ou nos films. Et vous penseriez que les gens diraient à propos du plus grand et du plus populaire média au monde, que les seuls critères qu’il pourrait y avoir seraient que nous faisons des programmes canadiens, avec des thèmes canadiens, avec le sens de l’humour canadien, pour une audience canadienne. Tout ceci en mesurant notre succès par le fait ou non que les gens les regardent. Mais cela reste une opinion extrêmement controversée.

Richard Stursberg, 2ème partie: Audience