Norm Bolen – 4ème partie

Interviewed by Fil Fraser at Banff World Media Festival on Juin, 2011

Fraser.  Que fait cet argent de plus en plus mince, mis par les distributeurs à la disposition des producteurs dans la conversation entre les groupes?

 Bolen.  Nous avons un grand nombre de discussions.  Les distributeurs pensent que nous devrions revenir à une situation comportant plus de conditions de permis pour les diffuseurs en ce qui a trait au long métrage. Je crains que plus tard, nous ne retournions à cinq ans en arrière à partir de maintenant et que nous ne nous étonnions pourquoi nous n’avons pas fait quelque chose en 2011, quand nous avons commencé à nous apercevoir de l’effondrement de l’industrie du film.  Dirons-nous que la radiotélévision l’a abandonné? Peut-être devrions-nous insérer une petite contribution de la part de la radiotélévision. Ce n’est pas dans les dispositifs de CRTC de faire cela, nous devons faire passer ce message au gouvernement.

 Nous devons rencontrer le Patrimoine et explorer ce qu’on peut faire avec eux. Dans l’examen du long métrage, nous allons conseiller au gouvernement de donner des directions à la Commission. Mettons de nouveau la radiotélévision derrière le film à long métrage. Je pense que la télédiffusion a un rôle particulier à cet égard. La CBC, tout comme les autres télédiffuseurs, a abandonné, avec de rares exceptions, le financement du film. Du côté du marketing, et je suis d’accord avec vous sur le point que nous devons commercialiser davantage  et plus efficacement, c’est que le marché des films américains n’est pas au même niveau que celui des films canadiens. Ils manoeuvrent sur les massives campagnes américaines de marketing qui débordent à travers nos frontières dans chaque magazine, chaque émission télévisée étrangère de variété, à la radio,  dans la culture populaire américaine, et maintenant de plus en plus dans le média social. Nous sommes inondés de toutes sortes de marketing viral ou autre, sur les films américains. C’est énorme.

 Est-ce sans espoir?

 B. Non, en réalité je pense qu’on voit beaucoup de films canadiens, bien que pas beaucoup dans les salles de cinéma. Il ne s’agit pas d’un problème d’accès aux écrans. Cineplex Odeon nous fournit un bon appui. Il nous fournit des écrans et des bandes annonces. Et il encourage les gens à venir et à voir ces films, cependant, ces annoncent ont tendance à être courtes. Vous ne pouvez pas continuer à les garder si vous n’obtenez pas beaucoup de recette.

 Il se passe autre chose.  Nous sommes engagés avec Telefilm et Valerie Creighton de CMF; Nous ne sommes pas en train de parler du marketing de films individuels. Nous voulons posséder le podium. C’est une idée audacieuse.  Nous voulons parler de la création d’une plus grande prise de conscience du film canadien et créer une plus grande fierté à propos de notre industrie cinématographique. Faire passer le message. Beaucoup de gens ne savent pas nécessairement qu’un film est canadien. Nous devons parler de certaines choses que nous avons accomplies et pourquoi c’est important. Nous avons besoin de travailler davantage sur un système de célébrité. Il y a plein de choses que nous devons faire.  Nous ne devrions pas être défaitistes à ce sujet, baisser les bras et dire, «Oh, eh bien nous ne pouvons rien y faire.»  Je sais qu’il y a eu  beaucoup d’échecs dans le passé dans nos tentatives d’atteindre certains objectifs.  Nous avons eu certains succès dans l’augmentation des recettes, mais nous n’avons pas très bien poursuivi. C’est un domaine de politique publique sur lequel nous devons passer plus de temps. Le film est très important. Personnellement j’aime les films et je vais voir presque tous les films canadiens qui sortent. Cette année j’ai bien aimé Incendie. J’ai pensé que Barney's Version était un très bon film.  Nous devons bâtir sur de tels succès. Cependant j’ai des déceptions. Parfois je vois des films que j’aime, comme Gunless.  C’est un petit film bizarre, pas courant. Ils ont dépensé des millions en commercialisation, mais il est parti en fumée. Je n’ai pas toutes les réponses à cela.

 F. Qu’est-ce que le Canada anglais peut apprendre du Québec?

 B. Le Québec a un vedettariat. Et bien sûr, Le Québec a un avantage linguistique. Il y a là une homogénéité culturelle et linguistique qui crée une différente sorte de marché Ils veulent voir des films dans leur propre langue, pas des films sous-titrés. Et ils ne veulent pas voir des films doublés en français. Leurs films ont aussi une affinité culturelle particulière. Si vous regardez un film de Québec, vous savez que c’est un film du Québec; c’est une sorte d’identité. Leur vedettariat a  été bâti sur le film et la télévision: ils connaissent leurs vedettes et s’identifient avec elles. Michael Levine et Brian Linehan ont essayé d’avancer un vedettariat, mais ils n’ont pas gagné beaucoup de traction. Nous avons de grands talents dans ce pays, mais les vedettes au Canada anglais s’en vont au Sud à cause des opportunités.  Il y a à Los Angeles et New York une formidable réserve de talents canadiens de haut profil. Peu d’entre eux choisissent de rester au Canada parce que le marché est plus limité et probablement moins lucratif pour eux.

 F. Pourrait-il y avoir un plan d’inviter certaines de ces personnes à revenir, disons tous les deux ans?

 B. On parle beaucoup de cela. Cela fait partie de l’idée de tenir le podium. Nous avons besoin de faire revenir certains d’entre eux pour passer plus de temps.

 F. Qui dirige ce genre de chose?

 B. Le nouveau chef de Telefilm, Carolle Brabant, travaille dur et essaye de faire une différence. Je pense que Valerie Creighton de CMF sera leader, et j’espère offrir du leadership à cet égard. Notre association désire beaucoup soutenir cette initiative. Il y va de notre intérêt de le faire. Nous sommes fiers du contenu canadien et nous sommes offensés quand on méprise injustement le contenu canadien. Nous avons beaucoup d’accomplissements dont nous sommes fiers.

Nous sommes respectés autour du monde; les joueurs internationaux regardent le Canada avec respect. Ils apprécient ce que nous faisons, en particulier notre approche internationaliste, notre entreprenariat et notre système de soutien public. Cela rend plus facile de travailler avec eux sur le financement. Ils apprécient aussi notre système de coproduction. Au total, ils aiment nos valeurs nationales. 

Nous devons reconnaître ces choses comme des avantages et ne présenter d’excuses à personne. Il est trop facile pour certains de mépriser les spectacles canadiens. «Oh, ce n’est pas aussi bon qu’Hollywood; ce n’est pas aussi bien que la production américaine. C’est seconde catégorie.» Je ne suis pas d’accord avec ceux qui disent que notre production n’est pas de haute qualité. Nous avons un immense public au Canada pour ce que nous faisons. À la télévision canadienne de nombreux spectacles canadiens sont des leaders du marché.  De plus en plus, aux heures de grande écoute, à la télévision conventionnelle, nous avons vu des succès comme Flashpoint, Rookie Blue, The Bridge, Messengers    etc.  Nous avons un système différent ici.  Aux États-Unis, ils ont des budgets quatre à cinq fois plus grands que les nôtres pour les spectacles télévisés et cinquante fois plus importants que les nôtres pour les longs métrages. Ce n’est pas juste de juger la qualité en termes absolus.  Vous ne pouvez pas dire qu’un film canadien de  quatre millions de dollars n’est pas aussi bon qu’un film américain de 500 millions de dollars. Il ne faut pas plaisanter! Nous ne pouvons pas opérer dans le même domaine que les grands studios.

Nous sommes dans un cercle différent. Nous  devons être jugés par rapport à ce que d’autres pays, y compris les États-Unis, produisent à ce niveau de production, et nous sommes totalement compétitifs; nous savons ce que nous faisons. Nous nous y connaissons.  Je ne présente pas d’excuses.  Cela me tient à cœur. Comme vous le savez, il est si facile de critique les autres; il est beaucoup plus difficile de trouver ce qui est bon et les manières d’encourager les gens d’en faire davantage. Je vois du contenu canadien qui me fait rire, qui me fait pleurer, qui me fait dresser les cheveux sur la tête, qui me met en colère. Je l’embrasse. Les gens doivent lui donner plus de chance et en consommer davantage. James Moore, notre nouveau ministre du Patrimoine a été le champion de tout ceci. Il a projeté des films de long métrage à Ottawa pour nos députés et pour des dignitaires et d’autres personnes qui n’en ont pas nécessairement beaucoup connaissance. Ils sont très surpris  par ce qu’ils voient. Ils n’avaient même pas connaissance du grand produit que nous faisons. Nous devons en faire plus.

 F. Vous êtes un grand champion du film canadien.

  B. J’y crois.  Et  je vais vous dire pourquoi. Il y a une raison très simple pourquoi je me trouve dans ce rôle aujourd’hui. Lorsque j’étais radiodiffuseur, j’ai bâti mon succès sur le travail de producteurs indépendants.  C’est mon partenariat avec des producteurs indépendants qui a créé le contenu distinct  qui a fait la réussite des chaînes où je travaillais.  C’est aussi la partie de mon travail qui  été la plus satisfaisante, le travail en collaboration avec ces gens créatifs, en vrai partenariat. Alors pour moi, c’était naturel de continuer ces relations après avoir quitté le monde de la radiodiffusion.

Je ne m’en suis même pas rendu compte à ce moment-là. Je n’ai jamais imaginé que je ferais cela. J’ai pensé que je me retirerais et me plongerais dans quelques choses, peut-être l’enseignement.  Et ils sont venus me chercher, à ma surprise,  parce que j’avais été de l’autre côté de la barrière. Nous nous sommes rendu compte que nous avions du travail à faire ensemble pour défendre le système, et je suis heureux de le faire, heureux d’avoir cette opportunité. Merci, Fil. Vous êtes une bonne personne.