Norm Bolen – 1re partie

Interviewed by Fil Fraser at Banff World Media Festival on Juin, 2011

Je m’appelle Norm Bolen; je suis président et directeur général de Canadian Media Production Association basée à Toronto, Ottawa et Vancouver. J’habite à Ottawa. Notre tâche est de représenter les intérêts du secteur de production indépendante du Canada: film, télévision et, médias de plus en plus nouveaux,   créateurs de contenu digital en ligne. Nos relations professionnelles sont faites pour le compte des producteurs avec les syndicats et les corporations, et nous exerçons des pressions auprès du gouvernement. Nous travaillons régulièrement au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes, tous dans ce but: faire avancer le contenu canadien et le rôle des producteurs indépendants.

 Fraser. C’est un milieu de plus en plus complexe; un petit changement peut avoir d’immenses conséquences.

 Bolen.  Notre plus grande préoccupation est que quelque chose nous échappe. Il y a tant de  révisions et de processus réglementaires et législatifs. Nous devons participer à tous ceux-là. C’est une énorme quantité de travail. Un seul changement, comme vous le suggérez, peut avoir d’immenses conséquences non intentionnelles. Alors, nous nous efforçons toujours de surveiller le travail de révision qui est effectué, et de veiller à ce que les perspectives des producteurs indépendants soient considérées. Nous mettons donc en garde les gens de ne pas adopter trop vite des idées nouvelles et radicalement différentes sans y avoir profondément réfléchi, et leur demandons de considérer les conséquences qu’elles pourraient avoir sur le système.

 Ces jours-ci, selon l’opinion populaire la règlementation est  quelque chose de passé et on pense que le marché libre résoudra tout et que notre environnement, régi par des politiques  et règlementations culturelles, retient l’innovation et empêche les Canadiens d’y avoir raisonnablement accès. Il y a, bien sûr, quelque vérité dans tout cela, mais ce n’est pas absolument vrai. Cependant les gens soutiennent cela de de manière absolue. Nous devons prendre soin de conserver toutes les institutions que nous avons créées et qui fonctionnent si bien…garder ce qui est bon et changer ce qui ne l’est pas.

 J’ai souvent l’impression que nous luttons contre les gens qui pensent que nous devrions jeter toutes les institutions et que le marché devrait  prendre soin de tout. Ils aimeraient nous classer moi et mes membres comme des dinosaures parce que nous ne voulons pas changer, mais nous le faisons. Nous voulons nous adapter et nous désirons que le système s’adapte. Cependant nous voulons le faire de manière intelligente et calculée, sans endommager les institutions culturelles qui ont été si importantes pour le Canada, son identité et les citoyens.

 F. Nous avons entendu ce matin que les avocats deviennent de plus importants dans l’industrie des médias.

 B. On dépense de plus en plus de dollars dans chaque production sur des questions légales et commerciales.  Les contrats se sont étendus jusqu’à devenir ridicules et presque impénétrables.  Les plus petites sociétés de production ont vraiment de la difficulté à fonctionner dans cet environnement. Vous avez presque besoin de votre propre service juridique interne pour gérer les dossiers et les contrats, ou un sérieux conseiller  juridique rémunéré. Il y a  plusieurs raisons à cette situation : la progression rampante des contrats … l’intégration verticale. Les plus petites sociétés qui avaient l’habitude de fonctionner plus près du sol deviennent de plus grandes sociétés et  plus constituées en corporations, plus opposées aux risques et plus soucieuses des responsabilités.   

 Je vais vous raconter une histoire.  En 1997, j’ai été embauché par Robert Lantos et Phyllis Yaffe pour le lancement de History Television. J’étais leur seul employé. Nous lancions une chaîne qui devait servir des millions de Canadiens, et nous dépensions des millions de dollars sur le contenu tout au début du processus.  Nous devions le faire pour lancer le service. Nous faisions environ 15 séries originales durant les six premiers mois de la chaîne et des tas de production uniques  et toutes sortes d’affaires avec les producteurs. Et je me suis trouvé dans la situation d’écrire des contrats moi-même sans aide juridique. Nous n’avions pas d’avocat. Nous n’avions même pas considéré la nécessité d’avoir un avocat

 Nous n’avions qu’à téléphoner à des amis d’autres sociétés et leur demander  de nous envoyer des copies de leurs papiers. Ils allaient nous envoyer un contrat de deux pages; nous les découperions et collerions des parties de manière à créer un contrat d’aspect raisonnable, nous allions demander à un avocat de l’examiner et l’avocat nous dirait: «C’est ridicule».  Finalement nous avons engagé un avocat puis un service juridique comme toute autre société.

Aux débuts de la télévision spécialisée au Canada, dans les années 1990, les choses étaient beaucoup moins complexes en  ce qui concerne les aspects légaux de ce que nous faisions.

  F. Il y avait beaucoup plus de confiance.

 B. Oui, quand vous avez affaire à de grandes compagnies verticalement intégrées et quand il y a un conflit sur le marché à cause d’un déséquilibre de pouvoir, la confiance commence à se dissoudre et les documents prennent de l’importance. Ironiquement, j’ai trouvé dans mes expériences personnelles que nous ne nous référons pas souvent en réalité au document, mais nous passons des heures interminables à essayer de parvenir à «Oui».

 Je vais vous donner un autre exemple. Quand j’étais à Alliance Atlantis, nous sommes entrés en partenariat avec BBC Canada en coentreprise. Nous sommes allés à Londres et avons passé plusieurs semaines en personne, au téléphone, travaillant ensemble sur le contrat par courriel. Lorsque le contrat a été achevé, il avait une épaisseur de plusieurs pieds. Nous  avons lancé la chaîne; nous avons travaillé ensemble; nous avons développé un partenariat et je ne me rappelle pas m’être référé une seule fois au contrat—parce que nous avions développé de la confiance. Et si nous suivions le contrat à la lettre, qui le sait. Tout ce que nous savons est que nous faisions marcher une entreprise réussie, nos relations étaient bonnes et nous n’avions aucun désaccord majeur.

 En ma qualité de producteur indépendant, je vais vous dire ceci: Il est frustrant d’avoir recours à un avocat. Les avocats sont habituellement payés à l’heure. Cela n’est pas une critique contre les avocats, c’est la réalité. Plus les avocats travaillent, plus ils se font payer. Ils se préoccupent aussi  de leur propre responsabilité et de leur diligence due.  Les affaires de peu d’importance  qui ne peuvent pas être résolues par des conversations ou des négociations amicales vont chez les avocats; ensuite, elles explosent exponentiellement. Ce qui n’était qu’un petit problème devient plus grand, et quelque fois il devient plus difficile à résoudre et intraitable.  Mon avis aux producteurs est d’être toujours absolument clair lorsqu’ils ont des conversations avant d’engager des processus juridiques, simplement pour simplifier, pour atténuer la vapeur.