Judith Brosseau, 2ème partie: Avenir des industries culturelles du Québec

Interviewed by Fil Fraser at Banff World Media Festival on Juin, 2011

Fil Fraser: [En ce qui concerne l’appui offert par le gouvernement aux industries culturelles]. Si l’on remonte jusqu’à l’administration de René Levesque, jusqu’à l’époque de la Révolution tranquille, jusqu’à....

Judith Brosseau: Jusqu’à Lesage...

F. Jean Lesage. Est-ce le gouvernement du Québec cherche à protéger la culture par réflexe?  Il n’en est pas ainsi dans le reste du Canada.

B. Je crois que c’est relié au fait que nous avons toujours cru notre culture plus fragile, puisqu’on était peu nombreux et qu’on était tellement isolés. Il nous fallait donc des politiques culturelles robustes. Je trouve difficile de commenter les politiques de l’Ontario ou de la Colombie-Britannique, parce que je n’y ai jamais exercé. Mais ici, cela remonte à une époque où l’on croyait  que le catholicisme était la clef à la survivance, essentiel à la préservation de la langue française. C’est aussi vieux que ça, datant d’une ère où on se sentait vraiment menacé de disparition.  Les francophones hors du Québec partagent les mêmes sentiments, même de nos jours. Je les comprends parfaitement. Mais au Québec nous avons réussi de grands succès du point de vue culturel, et cela a fait boule de neige. Notre succès a pour effet d’attirer des cinéphiles en encore plus grand nombre, encore plus de téléspectateurs, et ainsi de suite.

F. Comment la télévision et le cinéma québécois sont-ils reçus dans la francophonie?

B. Je crois que les films sont très bien reçus.  Comme vous le savez, Incendies a failli se faire oscarisé. Je suis peut-être chauviniste dans cette instance, mais j’ai visionné tous les autres films nommés à l’Oscar, et je crois sincèrement qu’Incendies aurait dû gagner, non pas parce que c’est un film québécois, mais parce que c’est un excellent film. Je crois que nous sommes appréciés en dehors de nos frontières. Dans le domaine de la télévision, nous réussissons depuis quelques années maintenant à vendre des formules pour diffusion à l’étranger.

F. Est-ce que les programmes québécois se vendent en français?

B. Oui, mais c’est marginal. C’est intéressant, nous avons développé une sitcom géniale, tout aussi bien que Modern Family, à mon avis, conçue par des producteurs québécois. Ils viennent d’en vendre la formule dans 25 pays, ce qui est formidable. Et il y a 12 ans, je me rappelle qu’on a lancé un programme sur l’inceste, dénommé Insexia, qui s’est vendu dans 150 pays. Nous avons donc du talent et des idées à revendre, et les moyens de faire répandre nos produits à l’extérieur.

F. La raison pour laquelle j’ai posé cette question est justement la difficulté pour le cinéma et la télévision québécois de survivre au sein d’un marché si réduit de 7 millions de spectateurs. Il vous faut alors des produits à exporter, qui puissent vous maintenir dans une situation économique viable.

B. Mais il nous faut également le soutien des deniers publics, tout comme le reste du Canada en a besoin, d’ailleurs. Il n’y a pas d’activité culturelle possible sans subventions, il faut l’accepter. Et à propos, toutes sortes d’aspects de la vie canadienne dépendent de subventions, alors pourquoi le remettre en question lorsqu’il s’agit de la culture?

F. Est-ce que l’avenir des industries culturelles du Québec s’annonce bien, selon vous?

B. Nous sommes sacrément talentueux! Pas plus tard qu’hier, j’ai assisté à la cérémonie de remise de prix à Banff, et dans trois catégories c’étaient des programmes québécois qui ont remporté une victoire. Et ils faisaient concurrence au monde entier. Alors voilà, oui, l’avenir est prometteur puisque le talent et la créativité sont là en abondance.

F. Autre chose intéressante qui se passe au Québec, Pierre-Karl Péladeau a donné à Marie-José Reynaud et à Claude Fournier …

B. L’Éléphant …

F. Vous connaissez ce projet ?

B. A distance, oui, puisque c’est un projet cinématographique. Je crois que c’est merveilleux, puisque ces gens-là se sont rendu compte qu’on était sur le point de perdre de précieuses copies de ces vieux trésors. Mais personne n’avait les ressources nécessaires pour conserver les films et les mettre à la disposition du public. Alors Monsieur Péladeau à contribué 50 million de dollars – je ne sais pas si c’est la somme exacte, mais il a ramassé une vaste somme et l’a donnée à Marie-José et à Claude pour préserver ce patrimoine exceptionnel et pour le rendre accessible à travers Vidéotron. C’est génial. Monsieur Péladeau est l’exemplaire de l’homme d’affaires dont l’affaire est justement la culture. Et il y est, il a été un mécène formidable, il a contribué au théâtre également. Il y avait un théâtre à Montréal qui allait faire faillite, et qui fut sauvé grâce à lui. Il a fait des merveilles pour le domaine de la chanson. C’est quelqu’un qui croit qu’en sortant son portefeuille, on ira loin.

F. Est-ce un homme unique, ou est-ce que le domaine corporatif du Québec en général est porté à offrir du soutien?

JB : Je crois que M Péladeau est particulièrement généreux, vu sa capacité de financer des projets de grande envergure. Mais c’est vrai qu’il représente une tendance générale, oui.