Judith Brosseau, 1re partie: Québec

Interviewed by Fil Fraser at Banff World Media Festival on Juin, 2011

Je suis Judith Brosseau, vice-présidente en chef de la programmation, de la communication et des nouveaux médias pour l’entreprise Astral. Je gère les opérations de trois des chaînes spécialisées au Québec, dont CanalD, Historia et SériesPlus. J’ai passé toute ma vie dans le domaine de la télécommunication, je ne connais rien d’autre, et ça me passionne.

Fraser: Comment avez-vous débuté?

Brosseau. J’ai travaillé d’abord comme journaliste, puis comme productrice chez plusieurs chaînes, en tant que franc-tireur. Puis je suis passée à Radio-Canada, pour qui je suis devenue directrice de la planification stratégique. Ensuite, j’ai fait le transfert jusqu’à Astral.

F. Pouvez-vous expliquer pourquoi le Québec fait tellement mieux que le reste du Canada dans les domaines de la télévision, du théâtre, du cinéma?

B. On ne peut pas nier qu’au Québec on est protégé par notre langue, et on demeure donc beaucoup plus à l’abri de l’influence écrasante des États-Unis. C’est la première explication. Deuxièmement, nous avons réussi à établir pendant les dernières 60 ou 70 années, peut-être même plus, un star-system qui rapproche les vedettes à leur public. On adore nos stars, on veut les voir sur toutes les plateformes médias. C’est comme cela que ça fonctionne depuis 70 ans. Le cinéma et la télé sont reliés, de sorte que les stars du petit écran prolongent facilement leur carrière dans le film. Les quotidiens et les journaux locaux en parlent, c’est une progression naturelle et intégrée. Cela nous a vraiment bénéficiés.

F. Cela remonte aux débuts de la radio. Lorsque j’étais enfant à Montréal, tout le monde écoutait  C’est Lapin à la radio, dans la rue on entendait sortir par toutes les fenêtres ouvertes la même émission. Puis C’est Lapin est passé à la télé, ensuite au cinéma.... cela nourrit la culture, surtout si le gouvernement y joue un rôle, s’il y est pour quelque chose. Quelles sont selon vous les étapes les plus importantes dans la politique culturelle du Québec, qui ont contribué au développement de l’industrie dans cette province?

B. Je ne crois pas qu’il s’agisse d’une politique uniquement québécoise, mais plutôt d’une politique canadienne.  Il faut que la culture canadienne soit soutenue par le gouvernement, et en tant que province, nous avons profité énormément du soutien du CRTC, de Téléfilm. Moi je mentionnerais aussi le CMF (puisque je suis une passionnée de télé plutôt que de cinéma). On pourrait y ajouter la SODEC en plus. Je ne cite pas la SODEC en tant que telle, c’est plutôt le rôle important  joué par toutes les politiques canadiennes qui nous ont permis de nous épanouir du point de vue culturelle. Mais c’est une vérité de toutes nos industries culturelles.

F. Quelles sont les origines de la SODEC?

B. Je n’en ai aucune idée. Mais vous savez que je m’y connais beaucoup mieux en télé qu’en cinéma. La SODEC fut fondée avant tout pour promouvoir le cinéma.

F. On y fait beaucoup plus que cela ...

B. Oui, mais justement, je n’ai pas les mêmes liens à la SODEC que j’aurais si je faisais partie de l’industrie cinématique.

F. Un autre aspect intéressant du Québec c’est qu’on y trouve un système qui soutient non seulement les stars mais aussi la représentation dans toutes ses formes, un acteur peut facilement y faire du cinéma un jour et du théâtre le lendemain, puis passer à la télévision – ce qui est merveilleux. Mais il s’agit aussi d’un groupe de fonctionnaires  –  groupe dont vous faites partie, je crois – tels le Monsieur Macerola et autres, qui passent de Téléfilm à la SODEC.....

B. à l’ONF...

F. à l’ONF ... un groupe de gens comme André Bureau, en fait, qui ont beaucoup influencé la politique culturelle, et qui continuent à y jouer un rôle extrêmement important. Pourriez-vous commenter sur ces gens, sur leurs origines et ce qu’ils y ont contribué?

B. J’ai énormément de respect et d’admiration pour Monsieur André Bureau qui est, comme vous le savez, président du conseil d’Astral. Avant cela, il était président du CRTC, et il a fait une carrière dans la radio également. Il y en a qui croient absolument en un système qui puisse servir à toutes les parties prenantes. André, par exemple, malgré son rôle chez Astral, soutient la nécessité de Radio-Canada, tout aussi bien que d’un secteur privé florissant. Nous croyons tous en une sorte d’écosystème, où tous les éléments doivent être en bonne santé. Je les connais, André Bureau, François Macerola... ils n’y étaient pas simplement pour eux-mêmes.  Ils se sont consacrés à la création d’une industrie saine, et c’est cette attitude qui est au coeur de notre succès, je crois.

Judith Brosseau, 2ème partie: Avenir des industries culturelles du Québec