Helene White, 2ème partie: Avantages et inconvénients de soutien du gouvernement

Interviewed by Fil Fraser at Banff World Media Festival on Juin, 2011

Fraser. Avez-vous eu de bonnes ou mauvaises relations avec la Société de développement du film de l’Alberta (Alberta Motion Picture Development Corporation) ?

White. Principalement de bonnes relations. Lorne McPherson était un vrai champion pour nous. Ce dont nous avions besoin à l’époque, Fil, c’était de gens qui savaient comment l’industrie fonctionnait, à la fois pour la télévision et pour le cinéma. Nous n’avions pas les mentors dont nous avions besoin. Le Canada anglais avait du retard en ce qui concerne l’industrie du film. Et vous savez cela aussi bien que quiconque, vous faisiez des films à l’époque [dans les années 1970]. Vous avez été l’un des pionniers qui ont fait des films ici.

F. Les gouvernements étaient-ils importants, en particulier en matière de réglementation et de soutien pour cette industrie ?

W. Extrêmement importants. J’ai grandi avant le monde des bourses. Nous ne recevions pas de soutien : les prêts étudiants n’existaient pas. Cela a été extraordinaire de découvrir que les gouvernements nous donneraient en fait de l’argent pour aller en Europe ou pour suivre des cours. J’ai trouvé cela merveilleux. Je n’en revenais pas. De ce point de vue-là, oui, j’ai pensé que c’était bon. Je n’aurais certainement pas pu avancer dans mon projet sans leurs  encouragements. J’aurais probablement laissé tomber. Même aujourd’hui, nous n’obtenons pas beaucoup de soutien ou d’investissement privé. Le soutien vient principalement du gouvernement.

F. Les cinéastes sont-ils donc aujourd’hui dans une meilleure situation qu’avant ?

W. D’une certaine façon, mais maintenant il y a plus d’ingérences lorsqu’il s’agit de la créativité. Vous devez vous souvenir que lorsque Téléfilm a été créé, son mandat était de donner aux producteurs indépendants le contrôle complet. Il ne devait en aucune façon s’immiscer dans les affaires du producteur. Je sais que quand nous avons fait Connecting, Téléfilm nous a donné de l’argent c’est sûr. Mais la CBC était nerveuse. Nous avons fait notre première petite série avec la CBC. Le responsable ici à Calgary avait des inquiétudes sur certains des sujets que nous abordions; il était un peu nerveux concernant ce qui avait trait au sexe. Mais il ne pouvait pas s’en mêler à l’époque.

F. Explorons cela un peu plus. D’où est finalement venue l’ingérence et comment Téléfilm a-t-elle essayé de la justifier ?

W. Eh bien, ils ont simplement dit qu’ils avaient l’argent (et donc le contrôle) quand je développais un scénario basé sur Candide de Voltaire. J’avais un jeune scénariste de la Saskatchewan qui écrivait le texte. Il jetait un regard moderne sur Candide et l’adaptait à un monde futuriste. Tout ce que j’envoyais au bureau de Vancouver de Téléfilm était expédié au dirigeant de Téléfilm à Montréal pour un examen minutieux. Je recevais alors des nouvelles de Montréal m’indiquant ce qu’il souhaitait voir plus souvent dans le scénario ou ce qu’il considérait comme allant trop loin. 

F. Comment avez-vous réagi à cela ?

W. J’ai fini par dire « Laisse tomber ! » Le scénario avait été changé en quelque chose que je ne voulais pas faire. L’histoire était universelle : elle traitait fondamentalement de la folie de l’homme, folie d’avancer dans la vie avec des lunettes teintées de rose, folie de ne pas regarder le monde tel qu’il est afin d’essayer de le changer. Je pensais que l’histoire avait un sens réel, mais ils étaient en train de la changer en quelque chose d’autre. Ce n’était pas ce que je voulais dire avec le film. Alors le scénariste et moi leur avons tout simplement dit au-revoir. On ne l’a jamais fait.

F. Vous êtes simplement partis.

W. Oui, je ne pouvais tout bonnement pas le faire.

F. Et vous avez laissé beaucoup d’argent sur la table.

W. Oui.

Helene White, Part 3: Royalties