Douglas Barrett – 3ème partie

Interviewed by Fil Fraser at Banff World Media Festival on Juin, 2011

Fraser.  La radio ne nous a pas empêchés de lire; la télévision ne nous a pas empêchés d’écouter la radio. Toutes ces formes de diffusion sont encore là et ont atteint un autre échelon d’aise, mais ce à quoi nous assistons…

 Barrett. En passant, je m’inquiète pour le livre. 

 F. Il prend la voie du numérique.

 B. Je ne suis pas sûr que le livre va survivre parce que dans le monde qui s’annonce, d’un simple mouvement sur l’écran, on pénètre dans un monde de multiples choses. La simple idée d’un livre de plusieurs centaines de pages qui nécessitent que l’on passe plusieurs heures à l’apprécier est peut-être chose du passé.

 F.  Ce à quoi je veux en venir, c’est que nous disposons de plus de sources de contenu, de plus de créateurs mieux outillés, qui peuvent créer un contenu assez solide et en même temps, nous avons un milieu à l’essor fulgurant en termes de méthodes de livraison. Il y a plus de personnes qui créent des produits culturels et qui dénichent plus de façons de les faire parvenir à des publics. Est-ce que cela favorise simplement le développement d’un nouveau niveau? Ou est-ce que cela a de graves répercussions sur les vieilles méthodes? C’est peut-être la question fondamentale.

 B.  Je pense qu’il s’agit surtout d’un nouveau niveau. Une nouvelle forme de participation. Il y a deux ans, j’avais lu que l’un des principaux effets de la nouvelle hausse de volume de la consommation vidéo en ligne était que les entrées aux parcs nationaux sont en baisse. Ce à quoi je m’oppose vivement, c’est cette idée qu’avec toute cette nouvelle dimension qui ressemble à de la télévision, faite différemment, développée différemment et consommée différemment, qu’en quelque sorte la télévision elle-même ou ce qui, pour nous, constitue la télévision sera mise de côté. L’un des éléments qui devient de plus en plus important, c’est la façon dont les fabricants de programmes de télévision utilisent des composantes électroniques comme facteur d’accompagnement soit en rejouant, en ajoutant de la valeur ou en monétisant. Chaque année, les programmes sont meilleurs et plus imaginatifs. Je constate donc qu’une grande partie de ce qui s’est développé est en fait un prolongement du format télévisé.

 F. Jusqu’à aujourd’hui, les gouvernements et les organismes de réglementation ont joué un rôle essentiel. Certains pensent que le CRTC devrait davantage ressembler à l’organisme de réglementation américain, le FCC, davantage un agent de police qu’un régulateur. Certains se demandent à quel point le gouvernement devrait octroyer des subventions. Où cela nous mène-t-il, selon vous? Donnez-moi votre point de vue d’enseignant sur l’avenir de la production audiovisuelle dans ce contexte.

 B.  Je vais m’en tenir au point de vue historique et peut-être qu’à l’avenir, en lisant cette entrevue, les gens riront et diront « Voilà un gars qui vend des fouets à buggy après l’avènement de la voiture. » Analysons la raison pour laquelle il y a subventions : pour permettre aux histoires canadiennes d’être racontées et pour livrer ces histoires aux Canadiens. La télévision, bien plus que les longs métrages, est en mesure de livrer plus d’histoires sur les canaux actuellement disponibles. Mais cet univers de canaux se réaménage et le règlement change. J’observe qu’il y a encore des fonds disponibles, alloués par le gouvernement pour permettre aux Canadiens d’avoir accès à des histoires dont le contexte est canadien. L’une des choses les plus intéressantes que j’ai apprises quand j’étais président du Fonds canadien de télévision, c’est ce que le gouvernement pensait acheter. Le gouvernement ne souhaite pas payer pour quelque chose qui va être produit de toute façon. Il veut appuyer des programmes qui, sans lui, ne pourraient pas être produits. Bien sûr, ce que le marché ne livre pas et ne livrera jamais, c’est du matériel de très haute qualité, qui nécessite de solides compétences, qui est le fruit de l’amour du métier et qui revient très cher.

 Viendra un moment où les Canadiens devront décider si le fait de dépenser les sommes d’argent qui sont aujourd’hui dépensées à faire des émissions que le marché ne livre pas, si cela vaut vraiment la peine. Je pense que c’est un jeu de dupes, surtout pour moi, que de prévoir où tout cela s’en va. Il y aura un grand écran qui ne veut rien dire la plupart du temps pour le spectateur et pour la conversation. Tout cela se mettra en place tout seul, peu importe la façon dont cela se manifestera. Mais il y aura un écran et je vais vouloir prendre plaisir à regarder des dramatiques, des séries d’aventure, des émissions de découverte, des émissions sur des babioles, etc., par l’entremise de cet écran. Tout ce qui relève du point de vue technique, tout ce qui se trouve entre le devant de l’écran et la caméra qui est en train de tourner une histoire canadienne, tout ce côté technique n’a aucune pertinence.

 F.  Pourquoi est-ce que le Canada francophone fonctionne mieux dans ce domaine que le Canada anglophone?

 B.  Ce que vous dites est intéressant parce que quand j’étais président du FCT, j’ai développé, au Québec, un réseau de très nombreux amis et collègues que je tiens en très haute estime. Au Canada anglophone, on aime à penser que c’est plus facile pour les Canadiens francophones, qu’il y a moins de fragmentation ou encore qu’ils ont plus d’argent ou d’appui, etc. Au Canada francophone, il y a moins de tensions à propos de la gestion des ressources que dans le reste du pays. Par exemple, il y a de graves tensions entre la gestion des ressources en Nouvelle-Écosse et à Toronto et entre la production régionale et à la production non régionale. C’est le genre de situation qui sape.

 Pour les Québécois, presque 90 % de ce qui constitue leur industrie se trouvent à Montréal. Ils habitent à quelques pâtés de maisons les uns des autres; les bureaux des entreprises sont voisins. Ils ont la capacité de réaliser des émissions qui font gagner de l’argent; les diffuseurs sont donc plus friands de ces émissions et les achètent. En outre, il y a la densité de la population et l’intensité culturelle. Dans ce contexte, leurs vedettes sont des vedettes. Mais derrière tout ça, il y a des gens du métier, notamment des artistes et des producteurs. On sous-estime vraiment leur qualité. Je crois que le Canada anglophone devrait aspirer à égaler les normes du Québec. Bien sûr, on ne se parle même pas. Voilà que nous sommes au festival de la télévision de Banff et comme, toujours, il y a quelques personnes qui viennent du Québec.

 

Fraser.   Radio didn’t stop us from reading; television didn’t stop us from listening to radio. All these forms remain and find new levels of comfort, but what we're seeing….

Barrett.  by the way I do worry about the book.

F.  It's going digital.

B.  I'm not even sure the book will remain, because in the world to come, you'll flick on your screen and you will enter a world of things; the whole idea of several hundred pages that require you to take several hours to enjoy, may be something that is only a fond memory.

F.  The point I want to make is that you have more sources of content, more creators with better tools, who can make pretty good content at the same time as we have an exploding environment in terms of methods of delivery. There are more people making cultural products and finding more ways of getting them to audiences.  Does this just open up a new level?  Or does this impact the old stuff in a serious way? Maybe that's a leading question.

B.  I think it's primarily a new level. A new type of engagement. I read a couple of years ago that one of the prime effects of the new spiked volume of online video consumption is that admissions to national parks are going down. The thing that I clearly object to is the notion that, with the arrival of television-looking stuff that has been made in a different way, has been developed differently, and consumed differently, that somehow television itself, or what we know as television, will be swept aside. One of the things that is becoming much more significant is how the makers of television programs use online elements as companion drivers either by replaying, adding value, or monetizing in some way. Each year things gets better and more imaginative. So I see that a lot the development has been an extension of the television format.

F.  Until today, governments and regulators have played a critical role. Some people feel that the CRTC should become more like the American regulator, the FCC, more like a traffic cop than a regulator. Some people wonder how much the government should subsidize.  Where do you see that going? Give me your teachers’ view of the future of  audio-visual production in this context.

B.  I'm going to stick with the historical theme, and maybe in the future people looking at this interview will laugh and say here's a guy selling buggy whips after the car has arrived; let's look at what the subsidy money is for: to permit Canadian stories to be told and to bring those stories to Canadians. Television, far more than feature film, is able to do that with more stories using the currently available channels. However that channel universe rearranges itself, however the rules change, I still see pools of money being made available by government to permit Canadians access to stories with a Canadian context.  One of the interesting things I learned when I was Chair of the Canadian Television Fund was what the government thought it was buying; they're not interested in paying for stuff that gets made anyway. They're interested in supporting stuff that wouldn't be made otherwise. Of course it's the cost-intensive, craft-driven, high skill, high quality material that the market does not deliver and will never deliver. And so there are times when Canadians will have to decide if it's worth spending the kinds of money that are now being spent in making shows that the market doesn't deliver. I think it's a bit of a mug's game, particularly for me, to get into how it will work. There will be a big screen that is both irrelevant to the viewer most of the time and to the conversation. It'll get itself organized no matter how that pipe shows up. But there will be a screen and I will want to enjoy drama, adventure, curiosity, whimsy, and so on through that screen.  And there needs to be a way to assure a Canadian place and presence on that screen.  Everything technological, everything between the front of the screen and the cameras that make a Canadian story, everything technological is irrelevant.

F.  Why is French Canada so much better at this than English Canada?

B.  It interesting that you say that because when I was chair of the CTF, I developed a network in Québec and made many good friends and colleagues for whom I have an enduring regard; in English Canada we like to think that the French Canadians have it much easier, that there is less fragmentation or that they have more money and support and so on. In French Canada there is less tension about resource management than in the rest of the country. For instance, there are serious tensions between resource management in Nova Scotia and Toronto, and regional production versus non-regional production. This is a very sapping phenomenon. For the Quebeckers, pretty much 90% of their industry is in Montréal. They live blocks from each other. The companies have their offices close by. They have the capacity to make shows that make money; so the broadcasters have a greater appetite to buy them. Beyond that, there is a density of population and a cultural intensity. In this context, their stars are stars. But behind all that, there are craft people, including performers and producers. We underestimate how really good they are. I think English Canada should aspire to match the standards in Québec. Of course we don't even talk to each other. Here we are at the Banff Television Festival and, as always, there are very few people here from Québec.