Arnie Gelbart - 3ème partie: Soutien financier pour les cinéastes.

Interviewed by Fil Fraser at Banff World Media Festival on Juin, 2011

F. Que pensez-vous de Téléfilm Canada?

Gelbert. Eh bien, dans une large mesure Téléfilm Canada est devenue … comment dirais-je cela de manière diplomatique … très rigide et bureaucratique, puisqu’elle doit répondre au gouvernement ainsi qu’au vérificateur général. Alors que, de son côté, l’industrie cinématographique est avant tout une industrie de prototypes : il n’y pas deux films pareils. Chaque entente est différente. Chaque film est différent. Tout d’abord, je dirais qu’il faut avoir des gens qui s’y connaissent et qui soient assez sophistiqués pour comprendre la différence et prendre des décisions rapidement. La production cinématographique ne peut pas toujours rentrer dans un format rigide qui répond chaque fois aux critères bureaucratiques. Ensuite, je dirais que Téléfilm Canada devrait avoir plus de moyens financiers, surtout si nous entendons continuer à faire des longs-métrages. Nos films sont très recherchés partout au monde. Mais cela prend des financements de démarrage pour faire ces films.

F. Pouvons-nous encore réglementer le temps passé à l’écran, ou est-il trop tard pour cela?

G. Les gens actuellement au pouvoir ne s’intéressent pas beaucoup à cette idée. Le temps passé à l’écran n’est pas leur priorité. Ils aimeraient privilégier la main libre du marché, ils croient que cela va régler les problèmes, ce qui peut arriver certaines fois, mais ce qui peut aussi bien ne pas arriver d’autres fois. Peut-être qu’à long terme, la main libre arrivera à régler les problèmes, mais comme Keynes disait, « à long terme, nous serons tous morts ». Alors qu’en attendant, il faut agir à court terme.

F. Vous vous souvenez probablement de l’idée d’imposer les films américains au moment de traverser la frontière, en les frappant d’une taxe à la source que les distributeurs américains pourraient se faire rembourser en distribuant des films canadiens aux États-Unis.

G. C’était une bonne idée à l’époque, qui demeure une bonne idée aujourd’hui. Mais dans le contexte de notre accord de libre-échange, cette idée devrait possiblement être atténuée. Le Canada est une belle vache à traire pour les Américains. Nous constituons l’un de leurs principaux marchés télévisuels. Chaque année, CTV et Global attribuent de 700 à 800 millions $ à l’acquisition d’émissions télévisées américaines. Nous déboursons quelque chose comme 50 % de plus que les Australiens, et ce pour les mêmes émissions. Cela n’a aucun sens, mais c’est comme cela que le système fonctionne.

F. Nous sommes responsables de cette situation.

G. Oui.

F. Permettez-moi de changer de sujet enfin, pour vous poser quelques questions au sujet de vos propres films. Quel film avez-vous trouvé le plus surprenant?

G. Oh, c’est dur à dire. Pour ce qui est des longs-métrages, Le jardin suspendu (VOA : The Hanging Garden) et Le papillon bleu (VOA : The Blue Butterfly) sont des films qui méritent d’être vus et qui continuent à plaire au public. Quant aux documentaires, je pense aux films provocateurs que nous avons faits, tels Les Origines du SIDA (VOA : The Origins of AIDS), le tout premier film à examiner l’histoire du SIDA. Dans La Bravoure et le mépris (VOA : The Valour and the Horror), nous avons examiné le rôle du Canada lors de la Deuxième Guerre mondiale. Ce film-là a été extrêmement controversé. Et nous avons produit des films que je pourrais qualifier d’histoires « nobles » du Canada (est-ce le mot juste?) : par exemple une série intitulée La Guerre de 1812 (VOA : The War of 1812), une série intitulée Chefs amérindiens (VOA : Chiefs), au sujet de chefs amérindiens d’une grande notoriété, tels que racontés par leurs petits-fils et arrière-petits-fils. Un peu à la façon de l’historien Pierre Berton, ces films ont jeté un éclairage nouveau sur l’histoire, tout en réexaminant les événements d’une perspective moderne. Donc je suis plutôt heureux d’avoir fait ce genre de chose.

F. Lequel de ces films a été un projet que vous deviez à tout prix réaliser, même lorsque d’autres gens vous disaient d’y renoncer?

G. Je n’écoute jamais ce que les autres disent. Si je devais choisir un seul film, ce serait La Bravoure et le mépris. Je crois que ce film a ravivé l’intérêt du public pour l’histoire canadienne, car il a déclenché une controverse pendant deux ou trois ans et à partir de ce moment-là, tout le monde s’est intéressé à l’histoire canadienne.

F. Et votre nouveau film?

G. Nous en avons plusieurs en chantier… Nous venons de terminer un film sur l’immigration irlandaise au Canada dans les années 1850, un film basé une histoire vraie réellement extraordinaire. Il s’appelle Famine and Shipwreck. Nous faisons des films scientifiques et travaillons actuellement sur un film 3-D, alors voyez-vous je fais des choses que personne d’autre ne fait.