Princes in Exile, Commentaire

Les films de camp d’été sont d’excellents véhicules pour les histoires de passage à la maturité. Tout genre narratif qui éloigne les enfants de la surveillance parentale et les place  parmi ceux de leur âge, dans un  milieu rural avec peu de surveillance adulte, impliquera des tests de caractère et des occasions de  développement. Dans plusieurs films de camp d’été cette possibilité générique est abandonnée exprès en faveur de comédies niaises. Cependant, Princes in Exile (1990) est un film sérieux avec une intention sérieuse, et il explore totalement les conventions de ce genre.

Les enfants au Camp Hawkins ont tous le cancer. La plupart d’entre eux vont en mourir; en fait, l’un d’entre eux meurt. Comment les autres campeurs font face à cette mort et à leur propre mortalité constitue le sujet de ce film délicatement conçu. Si le déroulement de Princes in Exileest un peu lent et si les descriptions médicales détaillées sans nécessité des divers types de cancer font penser à une brochure médicale, ce sont là des défauts mineurs. Le film bénéficie d’excellentes performances de ses jeunes acteurs, d’un scénario agréablement équilibré et d’un très bon montage.

L’histoire suit le cheminement émotionnel de Ryan (Zachary Ansley), qui a un cancer au cerveau. Il ressent évidemment de l’amertume envers le fait que sa maladie l’empêchera de grandir et de devenir docteur. Ryan porte au camp son ressentiment où il est, dès le début, maussade et non coopérant. Personne ne va le forcer à s’amuser, pas même un petit peu. Ryan  tient un journal où il écrit chacune de ses pensées sombres et pleines de ressentiment. Il n'a que deux buts dans sa vie: publier son journal et perdre sa virginité avant de mourir.

Au camp Hawkin, Ryan rencontre son alter ego, Robert (Nick Schields). Tandis que Ryan est complètement  fixé sur sa destination, qui est la mort, Robert se concentre sur la course. Il est bien bâti et beau. Il fait les sauts les plus hauts et court le plus vite, en s’efforçant lui et les autres à vivre le plus intensément précisément parce que ça va être de courte durée. Si Ryan est sombre et broie du noir, Robert est radieux.

Entre ces deux héros se tient Louis (Gordon Woolvett), qui est le personnage pratique au caractère ordinaire. C’est Gordon qui comprend le premier ce dont ils ont tous besoin: regarder la mort en face et ne pas se laisser abattre par elle, et le faire d’une manière constructive. Le directeur du camp, Dr Merritt  (Chuck Schamata) a dit aux campeurs qu’ils peuvent choisir soit de participer à une pièce à la fin de leurs vacances, soit de faire une sculpture qui sera commémorative de leur groupe. Louis a l’idée qu’ils construiront un mur fait de tout matériau inflammable qu’ils pourront trouver. Ils devront faire ce mur aussi laid que possible; il représentera le cancer. Durant la dernière nuit du camp, ils le brûleront et réduiront en cendres.

Peu à peu, Ryan commence à sortir de sa coquille auto-imposée. Lorsque Ryan  aborde la jolie infirmière dans l’intention d’accomplir le second but de sa vie, elle le refuse adroitement et ouvertement: elle fait partie du personnel et tout engagement avec un campeur serait contraire à l’éthique, d’autre part, elle est trop vieille pour lui. Ensuite elle lui offre son amitié. Dr Merritt convainc Ryan qu’il est le seul campeur qui puisse aider à désillusionner un garçon de huit ans qui se croit un démon. Ce garçon pense que son cancer est une malédiction qui lui a été infligée parce qu’il est mauvais. Au cours d’une gentille communication avec le garçon, Ryan fait semblant d’exorciser le démon. Lentement et par degrés, le personnel du camp et les camarades de camp de Ryan le réconcilient avec la vie. C’est comme si il se dégelait.

Toujours en quête d’atteindre le second but de sa vie, Ryan se lie d’amitié avec Holly (Stacie Mistysyn). Il est en train de faire face à la mort de Robert, par suite du cancer, et la promesse d’amour avec Holly qui finalement le libère de son attitude existentielle. Il parle avec Dr Merritt sur  ce qu’il faut pour être un bon docteur. Il accepte un rôle de leadership avec les plus jeunes campeurs. Il en vient à participer dans la communauté et aide à la construction d’une  rampe de bicyclette en mémoire de Robert. Ceci est ajouté au mur, tout comme le journal de Ryan, la nuit du feu de joie. Il comprend alors que c’est le souvenir de sa souffrance et qu’il est temps de jouir de la vie qu’il a.

C’est une tâche difficile de construire un scénario pour un film comme celui-ci. Ce serait très facile de laisser place à la sensiblerie, mais Wiesenfeld utilise un style direct en harmonie avec le message du film. Les personnages reconnaissent simplement l’éléphant présent parmi eux et affrontent la réalité de la vie.

Ansley, Woolvett, et Mistysyn sont extraordinaires dans ce film. Le langage du corps et les expressions faciales très contrôlées d’Ansley expriment une gamme d’émotions contradictoires, depuis la colère et la peur jusqu’au stoïcisme. Woolvet est le type régulier parfait qui fait toujours la bonne chose. Mistysin parvient à représenter un beau mélange de sérieux et d’humour, de compréhension et d’affection.

Princes in Exile, une co-production de CBC/NFB, a gagné le prix pour Meilleur scénario (Joe Wiesenfeld) au Festival mondial du film à Montréal en 1990 et le prix du Ecumenical Jury (Mention Spéciale – Giles Walker). En 1992 le film a été nommé pour plusieurs prix Gemini, y compris Meilleure performance par un acteur de second rôle (Gordon Woolvett), Meilleur montage (Richard Todd), Meilleur son (Les Halman), Meilleur film télévisé et a reçu le prix de Meilleur texte pour programme dramatique ou mini-série (Joe Wiesenfeld).

Evelyn Ellerman