Masculine Mystique, Commentaire

En réaction enjouée au Studio D de l’Office national du film, qui avait pour objectif d’entretenir les carrières des cinéastes féminines, deux producteurs de l’ONF/NFB, Giles Walkers et John N. Smith, produisirent The Masculine Mystique en 1984. Ce document dramatique impertinent faisait partie de l’ère “Alternative Drama” à L’ONF/NFB et, par la suite, a donné naissance à deux films,  90 Days (1985)  et  The Last Straw (1987). Ce genre de films hybrides faisait partie d’une modeste période d’essor dans des projets de ‘fictions véritable’ à l’ONF/NFB dans les années 1980 et 90.

Walker et Smith ont demandé à quatre autres employés mâles de l’ONF de faire part de

The Masculine Mystique, qui utilise une série de renversements de rôle afin d’explorer l’évolution des politiques de sexe. Ce film nous présente quatre hommes bien mal évolués qui ne comprennent pas ce qui se passe autour d’eux ni ce qui leur arrive. Leurs mariages et leurs relations se sont effondrés et ils ne savent pas bien pourquoi.  Ils se rencontrent régulièrement dans une sorte de séance informelle de thérapie de groupe pour se soutenir et s’affronter réciproquement dans une tentative de trouver des réponses à leurs vies personnelles chancelantes.

Blue (Stefan Wodoslawsky) est un pur phénomène obsessif- compulsif, qui se sent comme obligé de défaire tout le mal que des hommes, comme son inconsidéré père, ont causé. Blue a décidé qu’il ne prendra jamais pour acquise sa ‘femme’, qu’il fera pour elle tout ce que sa mère a fait autrefois pour son père qui n’en valait pas la peine. Blue cuisine et nettoie, et donne des soins de pédicure et se souvient des anniversaires. Quand il pense à  ce qu’un ‘bon’ mari devrait être et faire, il  se réprime et se contrôle. Mais quand Blue a eu trop à boire, son antédiluvien de père surgit du marécage: Blue dit une stupide  plaisanterie sexiste après l’autre à la femme indépendante qu’il essaie d’impressionner. Elle rompt avec lui. Il passe le reste de leur temps ensemble à prouver qu’il est vraiment un brave type.

Ce qui est intéressant au sujet de Blue, c’est que probablement il ne prête pas plus attention à sa petite amie Amurie (Char Davies) que  son père vis-à-vis de la mère de Blue. Amurie est une artiste et aime sa liberté. Elle n’est ni soignée ni ordonnée; elle n’aime pas la nourriture santé. Après que Blue l’ait convaincue de vivre avec lui, elle commence presque immédiatement à regretter sa décision. Son autonomie se trouve lentement amenuisée sous l’apparence d’amour et de soins.

Alex (Sam Grana) est marié et a des enfants, mais il ne peut pas s’empêcher d’avoir des aventures extra-conjugales. Sa femme, Shelley (Eleanor MacKinnon), qui s’occupe soigneusement de la maison et des enfants, commence à perdre patience avec ses heures irrégulières et ses longues absences. Il est tellement plein de lui-même qu’il ne réalise pas qu’elle est sur le point de le quitter. De plus, il est si peu impliqué et sensible envers sa famille qu’il crie après eux chaque fois qu’il se trouve parmi eux. Son excuse  est qu’ils font exprès de l’ennuyer. Nous voyons d’abord cette famille au petit déjeuner; Shelley essaye de persuader les enfants  de se comporter de manière à ne pas provoquer leur père. Mais, bien sûr, quoi qu’ils fassent ou ne fassent pas, il se mettra en colère. Il dit aux autres types qu’il aime sa famille, mais qu’elle l’emprisonne.

Dans une scène révélatrice, la famille dîne avec la mère d’Alex, qui ne parle que l’italien (après des années au Canada). Il est évident qu’Alex a attendu sans réflexion qu’elle soit comme sa mère – qu’elle cuisine et nettoie et le traite aux petits oignons. Il est aussi évident pour l’auditoire que Shelly n’en peut plus. Elle demande qu’il prenne la famille en vacances comme il l’a promis au lieu de continuer annuler leurs plans sous prétexte de travail.

Mort (Mort Ransen) est dans une situation semblable à celle de Blue. Sa femme l’a quitté. Il est aussi compulsif, mais de différente façon.  Mort est pour l’engagement. Il veut une famille autour de lui; son idéal  est d’être non seulement un père mais un modèle de père. Il voit régulièrement ses enfants et il leur présente très vite toute femme avec qui il sort. Mort est un contrat global. Son problème est qu’il est tombé amoureux de Bet (Annebet Zwarsenberg) qui n’est pas du genre domestique  et qui veut son propre espace. Bet s’intéresse surtout à une bonne sexualité; s’engager n’est pas sa priorité. Mort la mystifie en la faisant vivre chez lui et en lui faisant rencontrer ses enfants, mais il est évident qu’il y a des limites sur la quantité de ce genre de manipulation que Bet  voudra tolérer.

Ashley (Ashley Murray) est le plus vieux des trois hommes. Sa femme vient tout juste de le quitter lui et les enfants. Ashley est un homme dont l’idéal avait été de vivre avec sa famille sur leur terrain, faisant du jardinage et élevant des poulets. Il se trouve maintenant  complètement confus, seul avec les enfants et se demandant ce que vaut la vie. Il lui semble qu’elle n’a pas de sens. Il fume sa pipe en philosophant, répare des choses sur sa ferme, nettoie et s’occupe des enfants. Dans la séance de thérapie, il donne des conseils aux plus jeunes hommes.

Cette approche de Walker et Smith  sur la révolution sexuelle de la fin du vingtième siècle est évidemment ironique. Chacun des personnages masculins représente par moment une femme prise dans la même situation. La scène la plus drôle est quand Alex surgit durant la nuit chez Blue. Le matin suivant, Blue suit Alex partout avec un aspirateur, en lui reprochant son retard, de n’avoir pas téléphoné à la maison, d’avoir laissé du désordre. Il dit à Alex de tirer la chasse et de rabaisser le couvercle. Quand Alex s’approche de Blue, il recule et dit : «Ne me touche pas, tu sens!!» Alex dit qu’il pourrait aussi bien être à la maison. Blue est d’accord, mais insiste sur le point en disant à Alex (dans son personnage mâle) qu’il est un pauvre type et ne réalise pas ce qu’il a eu. Les réalisateurs  équilibrent cette  scène de farce avec le vrai retour d’Alex, là où Shelley fait les mêmes remarques, mais de manière raisonnable et mature.

Le dernier conseil qu’Ashley leur donne à tous est d’aimer la femme qu’ils ont et de ne pas perdre de temps sur des idéaux. Il n’est pas évident qu’aucun des autres soit en train d’écouter, et ainsi, la question de savoir si oui ou non les séances de thérapie mutuelle aura un effet durable sur les quatre amis reste ouverte.

Evelyn Ellerman