Les Grandes Chaleurs (Heat Wave), Commentaire

Ce film de 2009 représente le premier long métrage de la part de sa réalisatrice, Sophie Lorain. Il s’agit d’une comédie romantique, humoristique et sensuelle, qui traite d’une relation entre deux personnes d’âge très différent, un rapport du printemps et de l’automne. Dan ce cas, l’automne est représenté par Gisèle (jouée par Marie-Thérèse Fortin), une assistante sociale de 52 ans qui travaille avec des adolescents en difficulté. Son amant, Yannick (François Arnaud), âgé de 19 ans, est son ancien client. Le point de départ du film pose la question de comment une femme professionnelle, d’un certain âge, puisse même envisager une telle relation. Dans la scène d’ouverture, Gisèle s’adresse directement à la caméra lors d’un promenade sur la plage devant un chalet d’été. Son explication est que la relation la rend heureuse, et qu’un amour si fort est irrésistible.

Le reste du film retourne en arrière pour démontrer comment Gisèle en est arrivée à ce moment. On commence par les funérailles de son mari, Fred. Il avait été banquier, et fut atteint d’une maladie mortelle. Gisèle a soigné son mari avec dévouement pendant son long déclin – pour entendre la confession à sa dernière heure que pendant des années il avait tenu une maîtresse. Il ne révèle pas l’identité de la femme, mais Gisèle en est tellement furieuse qu’au moment des funérailles elle n’a pas de larmes à verser sur son compte.

Par la suite, elle décide de faire disparaître toute trace de son mari et de leur vie ensemble, en vidant systématiquement la maison de toutes ses affaires. Ses vêtements, les meubles, surtout le lit matrimonial – elle vend ou fait don de tout. Curieusement, c’est sa sœur Marjo (Marie Brassard) qui semble plus accablée de douleur que ne l’est Gisèle. Marjo avait été une copine à Fred, l’accompagnant sur ses expéditions de chasse et de pêche, car elle partageait son amour de la nature. Brandissant dangereusement le fusil de chasse de son mari – qu’elle donne par la suite à Marjo comme mémento – Gisèle demande à sa sœur si Fred avait jamais mentionné une autre femme dans sa présence. Marjo en balbutie un démenti. Devant la découverte d’une liasse de billets doux anonymes destinés à Fred, Gisèle jure de tuer la femme responsable si jamais elle découvre son identité.

En fait, la révélation de l’existence d’une maîtresse semble avoir déclenché en elle une fureur et une passion qu’elle n’a pas ressenties depuis des années. Elle a été un bourreau de travail, et ne vivait que pour ses clients adolescents. Pendant le vivant de Fred, elle n’avait jamais le temps de partager ses intérêts. Maintenant elle doit face à la passion d’un autre – car Yannick tomba follement amoureux de Gisèle deux ans auparavant, lorsqu’elle était son assistante. Il décida par la suite de mettre de l’ordre dans sa vie pour devenir digne de son amour. Il invente des raisons pour tomber sur sa bien-aimée, allant jusqu’au vol de son portefeuille afin de pourvoir le lui rendre par la suite. Malheureusement, Yannick choisit mal le moment de son acte: au sortir du service funèbre. Gisèle est tellement fâchée, et contre lui, et contre Fred, qu’elle fond en larmes dans les bras de Yannick. Ne sachant pas quoi faire, celui-ci lui tend un joint.

Cet épisode est typique de leurs rencontres – les deux sont tout à fait mal assortis quant à leur âge, leur niveau d’éducation, leur adaptation sociale, leurs intérêts. Mais chaque fois que Yannick fait irruption dans sa vie, Gisèle finit par se rapprocher d’un pas de plus à cet homme qui l’adore. Elle résiste à sa présence, bien sûr, et son refus va jusqu’à l’humiliation. Un jour, Yannick va chez elle la surprendre, ayant traversé la ville à bicyclette, habillé dans un complet acheté d’occasion, un magnifique bouquet de fleurs dans les bras. Il découvre qu’elle est sortie avec un autre, un homme plus âgé. En rentrant de ce rendez-vous, Gisèle trouve Yannick l’attendant devant la maison, accepte ses fleurs et l’invite à entrer. Yannick y ajoute tout de suite une demande en mariage. Horrifiée, et prise du fou rire, Gisèle lui demande pourquoi il porte le complet de Fred. Complètement effondré, Yannick part, l’air d’un adolescent anéanti.

Gisèle a deux enfants adultes, des gémeaux, Louis (François Létourneau) et Louisette (Véronique Beaudet). Ces deux personnages servent de faire-valoir à Yannick. Ils discutent de tout ensemble, et ils sont d’accord sur le problème de leur mère. C’est une vieille femme, à leurs yeux, et ils s’inquiètent d’avoir à s’occuper d’elle maintenant que Fred est décédé. Ils sont très préoccupés par le choix de l’urne qui contiendra les cendres de leur père, et la meilleure façon de la disposer. Leur mère ne s’y intéresse point, et refuse d’avoir l’urne dans la maison. Louis croit qu’il en sait la raison. Peu avant, la tante Marjo entra dans sa chambre un soir (elle détenait la clef à la maison) et voulut absolument lui parler, car elle avait à se confesser. A ce moment-là, un coup de vent ouvrit les fenêtres, on entendit un fracas terrible et l’urne tomba par terre et vola en éclats. Faute de mieux, Louis nettoya le plancher et finit par aspirer son père.

Malgré la nature tout à fait prévisible d’une large partie de ce film, sa scène centrale la rachète à elle seule: Gisèle est en train de travailler dans son jardin lorsqu’elle remarque que la porte de la maison est ouverte et qu’il y a de la musique qui joue à l’intérieur. Elle y entre, pour découvrir que Yannick est dans la salle de bains à prendre une douche. De façon cérémonieuse, elle enlève et dépose ses gants de jardin, pour monter vers le son de l’eau qui coule. Ce qui s’ensuit c’est une scène séduisante. Au même moment, Louis et Louisette arrivent en voiture, accompagnés de leur père contenu dans son sac d’aspirateur. Ils sont venus pour discuter de la situation avec leur mère. Mais d’abord il faut rester dans la voiture à philosopher un peu sur la vie. Puis, ils entrent dans la cuisine chercher un tamis afin de filtrer le marc de café et les coquilles d’œuf des cendres de papa. L’anticipation de ce qui se passera par la suite fait que cette scène compte parmi les plus drôles du cinéma canadien.

C’est clair que Gisèle choisira l’amour sur le bon sens, en dépit de ses réserves et des entraves qui lui font obstacle. Les Grandes Chaleurs est une comédie romantique conventionnelle, mais l’intelligence de l’humour et du dialogue mérite bien l’attention soutenue du spectateur.

Evelyn Ellerman