Hounds of Notre Dame, Commentaire

Ce n’est pas prouesse facile d’écrire un film à propos d’un professeur légendaire. Ce n’est pas non plus facile de le réaliser ou de jouer dedans. La tentation de céder à l’éloge et au cliché peut être irrésistible. En racontant l’histoire du Père Athol Murray sans complaisance, Hounds of Notre Dame réussit à éviter ces écueils. C’est une histoire que toute la Saskatchewan connaît. Le collège Notre Dame était, et est, une école située à Wilcox, à environ 45 kilomètres au sud de Regina. Elle a été fondée par les Sœurs de la Charité en 1920; Murray a été nommé là-bas en 1927, après avoir établi le mémorial désormais connu aux Martyrs Jésuites à Ste Marie Aux Hurons en Ontario.

La philosophie de l’enseignement de Murray était un mélange entre une éducation classique et l’influence du sport pour forger les caractères, d’après la tradition des écoles publiques anglaises. Mais les prétentions des classes sociales n’intéressaient pas Murray. Son but était de donner une excellente éducation à tout enfant qui le souhaitait, même s’il était pauvre ou en difficultés. Pendant la Dépression des années 1930, Notre Dame développa sa réputation comme étant exactement ce genre d’école. Des garçons catholiques de toute provenance, et même ceux qui étaient considérés comme des éléments perturbateurs ailleurs, venaient à Notre Dame et étaient traités de manière égale. Ceux qui ne pouvaient pas payer les 18 dollars de frais de scolarité mensuels pouvaient payer en nature avec des poulets, du bœuf ou du charbon.  

Murray appelait tous les enfants « Kid » et ils avaient tous des tâches à faire. Il obtint des résultats. C’était un homme tenace qui buvait et fumait beaucoup, et qui jurait comme un charretier. Mais c’était aussi un professeur brillant qui avait des principes, et un prêtre dévoué. Les équipes de débats de Notre Dame battaient régulièrement les équipes venues de l’est du Canada. Pas plus tard que 1933, Père Murray avait obtenu l’affiliation de Notre Dame à l’Université d’Ottawa. Qui plus est, l’équipe de hockey de l’école, les « Hounds », était imbattable, envoyant plus de 100 joueurs à la LNH au cours des années d’entraînement dispensé par Murray.

A première vue, Notre Dame était une école peu avenante dans les années 1930 et 1940. Les garçons vivaient dans des dortoirs qui n’étaient rien de plus que des remises reconverties. Murray devait gratter chaque penny nécessaire pour nourrir et loger ses garçons, chauffer les bâtiments et payer les professeurs. Habile orateur, il acceptait de prendre la parole publiquement pour de l’argent. Le seul problème est que ses opinions politiques de droite exposaient l’Eglise aux critiques. C’est là que nous faisons connaissance avec Murray (Tom Peacocke) au début du film, en pleins rugissements sur le podium, assimilant le parti social-démocrate montant de la Saskatchewan à une « bande de communistes » sous la coupe de ce « baptiste », Tommy Douglas. Assis dans le public, se trouve son archevêque (Barry Morse), sérieusement mécontent.

Le scénariste Ken Mitchell a choisi de structurer l’histoire d’Athol Murray autour d’une journée typique de 18 heures à l’école. Il a choisi comme journée le 12 février 1940 parce que l’école était alors au sommet de son développement. Le Père Murray que nous voyons à l’écran est un distillé de toutes les histoires de plusieurs décennies racontées à Mitchell au cours de sa recherche. Situé au milieu de la deuxième Guerre Mondiale, dans une province qui ne s’était pas encore relevée de la Dépression, le film offre à son audience la scène standard des toilettes extérieures, avec une tempête de neige, ainsi qu’une expérience viscérale de la pauvreté qui hante Murray. Mais le traitement que le réalisateur Dalen fait de cette journée est à la fois sensible et factuel. La vie à Notre Dame est ce qu’elle est. Il n’y a pas de sentimentalisme ici, juste des gens qui se comportent de manière aussi compétente et honnête que possible avec ce dont ils disposent – et particulièrement les enfants. La plupart de ces enfants des Prairies n’ont connu que les privations. Ils avalent leur porridge, jour après jour. Ils portent leurs polos de hockey mangés par les mites, prennent soin l’un de l’autre et jouent au hockey, même lorsque la moitié de l’équipe est malade. Le Père est également stoïque. « Si vous ne pouvez pas battre ces boueux, » crie-t-il pendant le jeu à Moose Jaw, « donnez-leur au moins la rougeole ! » 

Il y a plusieurs bonnes interprétations dans Hounds of Notre Dame. En plus de la transformation stupéfiante de Tom Peacocke en Athol Murray, les acteurs enfants sont formidables. Parmi les garçons plus âgés, David Ferry donne une interprétation excellente du garçon riche et gâté amené à l’école par un père désespéré. Et Phil Ridley est extraordinaire en Cormack, le chef calme, décent, avec des principes.  

Largement financé par l’association des anciens élèves de Notre Dame, le film figure parmi quatre longs métrages basés sur des histoires de l’Ouest canadien et produits par Fil Fraser dans les années 1970 et au début des années 1980. Hounds a donné à l’acteur  Tom Peacocke son premier rôle dans un film, et ce fut le deuxième film du Réalisateur Zale Dalen. Comme Fil Fraser l’a souvent remarqué à propos de cette époque en Alberta, l’industrie du film dans l’Ouest était si jeune que tout le monde apprenait ensemble.

Hounds of Notre Dame a valu à son producteur, Fil Fraser, le prix « Horst Award » en 1981, pour le meilleur film fait en Alberta.  Il fut nominé à 9 prix Génie en 1981, et notamment au prix de la meilleure interprétation pour un acteur dans un rôle principal (que Tom  (Peacocke remporta) ; ce fut la première fois qu’un film de l’Ouest canadien gagna ce prix. Il fut aussi nominé pour la meilleure réalisation, le meilleur montage, le meilleur son, le meilleur montage sonore, le meilleur film, la meilleure interprétation pour un acteur dans un rôle secondaire, la meilleure interprétation pour une actrice dans un rôle secondaire et le meilleur scénario original.   

Lorsqu’il reçut son prix Génie, Peacocke évoqua avec éloquence le fait de recevoir un prix du meilleur acteur dans un film que personne n’avait vu. Comme presque tous les films canadiens anglais, Hounds avait des difficultés de distribution. Le Producteur Exécutif, Fil Fraser, indique que le distributeur fit faillite juste au moment où il était censé lancer Hounds dans les cinémas, mais que la CBC paya alors les droits les plus importants de son histoire pour pouvoir diffuser le film. Le film fut ensuite diffusé sur HBO et dans de nombreux pays à travers le monde. Son scénariste, Ken Mitchell, considère toujours le scénario de Hounds comme le meilleur scénario qu’il ait jamais écrit.

Evelyn Ellerman