Fubar, Commentaire

Dans les années 80, le cliché ultime Canucks de la classe ouvrière buveuse de bière canadienne était les frères Bob et Doug McKenzie, créés par Rick Moranis et Dave Thomas pour le sketch “Great White North” sur SCTV. Bien que le segment GWN n’ait apparu que pendant trois ans, il provoqua un culte qui continue jusqu’à aujourd’hui à travers toute l’Amérique du Nord. Eh bien, parlons de Bob et Doug. Les nouveaux niais, buveurs de bière Canadiens du quartier sont deux amis, Dean et Terry, joués par Paul Spence et David Lawrence dans  Fubar: The Movie (2002).

D’un style prétendument documentaire, l’auteur-réalisateur Michael Dowse explore les vies des deux MetalHeads qui ont été approchés par Farrel (Gordon Skilling) un cinéaste documentaire se pensant important, qui veut faire un film à leur sujet. Dans un habile renversement de rôle, Dean et Terry commencent peu à peu à contrôler Farrel, en l’incorporant à leurs vies et en refusant de le laisser simplement observer. Ils n’acceptent pas d’être filmés, ils  permettent simplement à Farrel de rester avec eux. Il y a une différence. Farrel ne comprend pas cela au début; il se croit trop supérieur à Dean et Terry.

Et ce n’est pas difficile de se sentir supérieur à Dean et Terry. Ils sont immatures, non éduqués, non intelligents, flemmards, et ne font rien d’autre que jurer boire trop de bière, jouer de la musique très forte, se battre et détruire des choses. C’est exactement ce que Farrel veut enregistrer. Il veut à tout prix les  attraper dans leur pire infantilisme  cependant l’auditoire se rend de plus en plus compte que Terry et Dean sont essentiellement inoffensifs, et plus comme les garçons perdus de Peter Pan que des voyous en liberté.  Au fur et à mesure, on voit de plus en plus Farrel avec la caméra en train d’essayer de modeler la conversation et l’action selon le film qu’il veut faire, plutôt que selon ce que Dean et Terry sont réellement.

Aun certain moment, Farrel essaye d’accentuer le contraste entre Terry et Dean et leur ami, Troy, qui a choisi de se marier et de vivre une vie ‘responsable’. Ce qu’il obtient en réalité est un métrage montrant combien les trois hommes s’aiment entre eux  et combien Troy regrette leur existence sans souci. Lorsque Farrell interroge les parents du garçon, il obtient à peu près la même réponse : ils sont aimés. La mère de Dean lit un poème qu’il a autrefois écrit, pas un très bon poème, mais un poème. Et Farrel capture Dean dans un bizarre  moment de réflexion, en train de jouer la seule chanson qu’il ait jamais écrite pour guitare acoustique, ce n’est pas une bonne chanson, mais elle est étonnamment lyrique. Terry admet à Farrel que la vie serait vraiment ennuyeuse sans Dean. Bienqu’ils soient presque complètement frustres, il est clair que les garçons ont des profondeurs que Farrell ne soupçonnait pas.

Le tournant décisif dans l’existence insouciante de Dean et Terry est lorsque Farrel découvre que Dean a été diagnostiqué avec un cancer des testicules. Abandonnant tout faux-semblant d’objectivité, Farrel dit à l’ex-amie de Dean (Trixie Lawrance), qui est aussi la mère de l’enfant de Dean, qu’il refuse de subir l’opération chirurgicale dont il a besoin pour survivre. Trixie entraîne Dean chez le docteur et la date  de l’opération est fixée, mais Farrel est alors impliqué dans la vie de son sujet, et Dean ne le lui laissera pas oublier.

Décidant d’avoir une dernière partie avant l’opération, Dean et Terry emmènent Farrel dans un voyage  de camping  du genre que font les metalheads. Ça implique la bière, les chaises de jardin et l’essence. Après avoir commencé le feu en l’arrosant d’essence, dans la tradition ‘‘hoser’’, Dean et Terry cuisent des hotdogs sur baguette, sautent nus au-dessus du feu, brisent les chaises de jardin et s’effondrent au milieu des parties en cherchant leur tente. «Vous ne savez même pasce que j’essaye de faire! Vous ne pouvez même pas l’apprécier!» ils se réveillent le jour suivant, étendus sur le gravier. Farrel est couché dans un fossé. Dégoûté de lui-même et essayant d’éviter une répétition le jour suivant, il offre de payer un hôtel pour eux tous.

Evelyn Ellerman