C'est pas moi, je le jure! (It's Not Me, I Swear), Commentaire

L'écrivain et militant russe, Léon Tolstoï a dit un jour que toutes les familles heureuses se ressemblent, mais que chaque famille malheureuse est   à sa manière.

La famille Doré est définitivement malheureuse. Philippe Doré (Daniel Brière) est un fameux militant des droits de la personne, dont la carrière a presque brisé ses relations avec sa famille. Sa femme, Madeleine Doré (Suzanne Clément), une artiste à l’esprit libre et frustré, est en train peu à peu de devenir folle, prise au piège dans son rôle de femme au foyer de la classe moyenne. Leur désespoir mutuel les amène à des disputes spectaculaires qui impliquent des meubles brisés et des peintures déchirées.  Leur fils aîné, Jérôme (Gabriel Maillé) essaie désespérément d’amener chacun de sa famille à se comporter normalement. Leur plus jeune fils, Léon (Antoine l’Écuyer) réagit à la situation en faisant à plusieurs reprises des tentatives de suicide et en provocant occasionnellement un incendie.

Basé sur le roman autobiographique de 1997 de Bruno Hébert, le long métrage de 2008 de Philippe Falardeau, C’est pas moi, je le jure! (It’s Not Me, I Swear) trace l’écroulement d’une famille de banlieue à travers les réactions d’un garçon de 10 ans, Léon. Ce film remarquable est une vision à 360 degrés des manières dont les gens sentent et expriment leur traumas émotionnels. Nous voyons chaque personnage, à tour de rôle, tourné vers l’extérieur, loin de la famille, perdu dans sa propre souffrance; et ensuite, nous voyons chaque personne tournée intérieurement, jouer sur les souffrances des autres. Le résultat est une comédie noire qui navigue entre tourment, farce et tendresse.

 Ce sont les personnages des enfants qui supportent le poids émotionnel de l’histoire. Jérôme est la colle qui tient ensemble la famille. C’est un garçon calme, intelligent qui veut seulement que sa famille soit heureuse. Il comprend que son père est malheureux, mais beaucoup trop renfermé pour exprimer ses émotions. Philippe est un homme conventionnel qui a de bonnes intentions. Il combat, après tout, pour les droits humains des autres. Cependant il est si pris dans son travail qu’il ne peut pas voir les souffrances autour de lui. Il ne remarque pas, par exemple, que dans sa rue, la petite fille d’en face, Léa (Catherine Faucher) est maltraitée physiquement par son beau-père. De plus, au moment où il remarque la profondeur de la souffrance de sa femme, celle-ci est déjà partie.

Jérôme comprend aussi sa mère qui était artiste quand lee a rencontré Philippe. Depuis leur mariage, son mari est devenu peu à peu un homme d’affaires tandis qu’elle porte des robes tie dye de grand-mère. Ils se sont éloignés l’un de l’autre sur tous les aspects. Cependant pendant que Philippe navigue chaque jour vers son succès en ville, Madeleine suffoque dans leur bungalow de banlieue. Elle rêve de la Grèce et de la liberté. C’est seulement Jérôme qui réalise qu’elle va les quitter pour toujours. La veille de son départ, il l’oblige à admettre cela et lui demande la raison. Plus tard, c’est Jérôme qui clandestinement découvre son numéro de téléphone en Grèce et l’appelle chaque nuit dans l’espoir de la faire revenir à la maison.

Plus que tout, Jérôme veut que Léon soit heureux, il devient de plus en plus las d’avoir toujours à sauver la vie de Léon et de dissimuler la vérité pour lui. Il assure Léon qu’il ne dira jamais à personne ce que Léon est en réalité capable de faire. «Je ne dirai rien à personne». Près de la fin du récit, lorsque Léon est couché dans un lit à l’hôpital. Jérôme touche avec tendresse son frère et, se libérant de ses propres émotions pour la première fois, supplie Léon d’être heureux et de cesser de faire passer encore et encore sa famille à travers son cauchemar émotionnel. Jérôme ne veut plus encore entendre son père pleurer la nuit.

Bien qu’il soit encore un jeune adolescent, Jérôme est assez âgé pour tenir un rôle de médiateur dans la famille. Son frère qui a dix ans ne l’est pas. Léon ne peut que sentir douleur et frustration. Il comprend aussi bien que Jérôme que la famille est sur le point de s’effondrer, mais ses réponses sont physiques. Léon est le narrateur du film. Il nous dit qu’il met le feu pour divertir les gens de leurs batailles (C’est un vieux truc indien). Il essaie de tirer sa mère et ses valises hors du taxi qui va l’emmener en Grèce, mais surtout Léon tente de se tuer lui-même dans l’espoir désespéré d’attirer l’attention de ses parents sur lui. Nous le rencontrons d’abord se balançant à une corde attachée à un arbre. Il tombe en arrière d’un haut mur de ciment devant son père horrifié, et finalement il place sa tête directement dans le chemin d’une boule de quilles. Il souhaite que Dieu lui donne quelque lumière, mais il semble que Dieu ait d’autres plans pour Léon

 Dès que Madeleine est partie, Léon s’engage sans but dans une campagne de vandalisme dans le voisinage. Mais c’est seulement lorsqu’il s’associe avec Léa qu’il commence à avoir un but. Léa est son alter ego. Elle vit de l’autre côté de la rue et elle est dans sa classe à l’école. Elle est aussi malheureuse. Son père a abandonné la famille et le nouveau copain de sa mère bat Léa. Ses meurtrissures ne viennent pas d’elle-même, comme celles de Léon. Malgré l’horreur de sa famille, Léa a plus de résilience que Léon. Tandis que Léon veut trouver sa mère et la ramener à la maison, Léa veut simplement échapper pour trouver son père, où qu’il puisse se trouver. Elle a fait une carte et tramé un plan pour Léon de s’introduire dans les maisons de voisins partis en vacances, voler leur argent et acheter un billet pour la Grèce. Elle lui ment en disant que son frère est un agent de tourisme. Le jour fatidique, quand ils prennent le bac à travers la ville, Léa court en avant de Léon vers la maison où elle pense que vit son père, mais il en est parti depuis longtemps. Elle en est accablée. Léon demande s’ils vont encore aller chez l’agent de tourisme. «Bien sûr que non», répond-elle, « Mon frère n’a que quinze ans!» Ils sont attrapés et retournés à la maison par la police. C’est alors que la vérité sur le vandalisme du voisinage est découverte. Léa est envoyée vivre chez sa grand-mère et Léon essaie encore une fois de se tuer. Couché dans son lit d’hôpital, il rêve qu’il va attendre un petit peu encore le retour de sa mère, peut-être pour toujours. 

C’est pas moi, je le jure! A gagné des prix au Atlantic Film Festival en 2008, de meilleur acteur (Antoine L’Écuyer) et meilleur long métrage canadien (Philippe Falardeau); meilleur film et le grand prix en 2009 au Festival du film de Berlin; l’Audience Award à CPH-Pix; un prix Jutra en 2009 pour la meilleure cinématographie (André Turpin); un prix du meilleur second rôle féminin (Suzanne Clément) de Vancouver Film Critics Circle en 2009; et le prix Clément) du Vancouver Film Critics Circle en 2009 et le prix Milos Makourek au Zlín International Film Festival.

Evelyn Ellerman