Blue Butterfly, Commentaire

Il est inhabituel qu’un enfant soit le personnage qui contrôle le récit d’une quête et pourtant, c’est ce qui se produit dans Le papillon bleu (2004). Pete Carlson (Marc Donato) a dix ans, il a une tumeur au cerveau et il ne lui reste plus que quelques mois à vivre. Entomologiste amateur, sa chambre est remplie de boîtes de papillons. De plus, Pete est un petit garçon qui caresse un rêve : avant de mourir, il souhaiterait se rendre dans la forêt tropicale capturer le Morpho bleu, un papillon géant qui revêt une importance toute particulière pour lui. Son héros, l’entomologiste Allan Osborne (William Hurt) s’est extasié à la télévision à propos de la façon dont le magique Morpho bleu avait changé sa vie. Pete décide que lui aussi a grand besoin d’un peu de magie, il met donc au point un plan pour convaincre Osborne à les aider, lui et sa mère (Pascale Bussières), à trouver le papillon.

Les conventions esthétiques narratives sont telles que des enfants qui se lancent dans une quête doivent d’une façon ou d’une autre être séparés des personnes qui s’occupent d’eux afin de pouvoir vivre pleinement l’aventure. Dans le Monde de Narnia par exemple, les enfants Pevensey sont envoyés à la campagne pendant la Deuxième Guerre mondiale pour qu’ils soient à l’abri des bombes qui tombent sur la ville. Ils habitent donc dans une vaste maison de campagne, propriété d’un professeur qui ne les aperçoit que très rarement. Par conséquent, ils sont donc libres de découvrir Narnia et de partir à l’aventure. Il en va de même pour Harry Potter et ses amis qui vivent au pensionnat une grande partie de l’année. Séparés de leurs parents, les enfants qui partent seuls à l’aventure doivent apprendre à résoudre des problèmes, à collaborer avec d’autres, à acquérir le sens de l’autodiscipline et faire preuve de courage quand ils sont confrontés à des dangers.

Au cours de leur quête, les enfants sont conseillés et guidés par des personnages sympathiques, souvent des animaux ou des créatures magiques, ils se voient remettre des cartes qu’ils doivent déchiffrer et suivre ainsi que des talismans qui les protègent du danger. Mais de façon bien plus importante, ils sont accompagnés d’un guide qui marchera à leurs côtés, mais qui ne s’immiscera pas dans leurs choix. Autrement dit, le guide n’est là que pour s’assurer que les enfants resteront en vie, mais il ne les empêche pas de faire des erreurs. Dans le Monde de Narnia, ce guide, c’est le lion Aslan; dans les histoires de Harry Potter, c’est le sorcier Dumbledore.

À cet égard, Le Papillon bleu présente d’importants changements par rapport à ces récits traditionnels de quête menée par des enfants. C’est un enfant qui est à l’origine de la quête et c’est lui qui fait appel à son propre guide. En réalité, Pete organise toute l’aventure avant même que d’être parti pour la forêt tropicale. Sa mère l’aide à s’assurer les services du guide qu’il s’est lui-même choisi. Pete et sa mère se rendent à une activité de promotion d’Allan Osborne pour lui demander s’il est prêt à réaliser le souhait d’un enfant qui est en train de mourir. William Hurt joue un personnage qui a toujours et systématiquement pris ses distances par rapport à ses responsabilités familiales, qui a quitté sa femme et sa fille dix-sept ans plus tôt. Il se décrit comme étant un mauvais père mais un bon scientifique. Ébahi par la détermination de Pete, Osborne accepte à contrecœur de l’emmener dans la forêt tropicale.

Une fois arrivé au Costa-Rica, Osborne commence à apprendre ce que signifie faire quelque chose pour quelqu’un d’autre. Son admiration pour Pete augmente au fur et à mesure que les jours passent. Osborne commence par porter Pete sur ses épaules. La mère de Pete tente vaillamment de suivre le rythme, mais elle déteste la forêt tropicale, elle tombe dans un marécage, elle a peur des serpents et elle déteste les insectes. Une nuit, vers la fin de la quête, Pete lui demande de rester au village le lendemain, quand lui et Osborne partiront à la recherche du papillon bleu. Le Morpho bleu, lui dit-il, sait qu’elle est là et ne viendra pas à lui s’il n’est pas seul. À contrecœur, elle accepte, libérant ainsi l’enfant des liens familiaux qui le retenaient. Bien évidemment, le lendemain, Osborne et Pete voient le Morpho bleu et se mettent à sa poursuite. Ils sont si concentrés sur leur quête qu’ils ne voient pas un profond entonnoir dans le terrain et ils tombent. Osborne est blessé et ne peut pas escalader l’entonnoir pour revenir à la surface. C’est Pete qui doit aller chercher de l’aide. C’est avec beaucoup de difficultés et en proie à la douleur qu’il parvient à remonter les parois rocheuses de l’entonnoir et de ramper sur le sol de la forêt.

Dans les récits de quête qui font intervenir des enfants, ce n’est que lorsque le guide échoue que l’enfant trouve véritablement sa voie. Dans les récits de Narnia et de Harry Potter, le guide est tué, mais il vient en aide aux enfants par la suite sous forme de fantôme. Jusqu’à présent, dans Le Papillon bleu, c’est Osborne qui grandit et mûrit avec l’aide du guide, Pete. Toutefois, à partir de maintenant, c’est au tour de Pete de mériter sa magie. Il rampe, puis boite et finalement, il marche jusqu’au village. Cela lui prend des heures, il s’effondre, il tombe, il est effrayé par tous les bruits de la jungle. À un moment donné, le fantôme d’un guerrier vient le voir, mais les marques peintes sur son visage et le talisman que lui a donné Yana (Marianella Jimenez), une petite fille du village, le protègent de tout danger. En fait, l’un des fantômes de guerriers pose sa lance sur la tête de l’enfant en signe de respect.

Alors que Pete et Osborne étaient partis en quête du papillon, Yana a attrapé un Morpho bleu et l’a placé dans une cage en osier. Quand elle lui remet le papillon, Pete est submergé par les émotions. Elle lui explique cependant que le Morpho bleu n’est pas plus magique que tout le reste. Ce qu’il faut comprendre, lui dit-elle, c’est que la vie dans son ensemble est magique. Pete libère le papillon. Quand lui et sa mère reviennent chez eux, il découvre que sa tumeur au cerveau a disparu. Alors que cette fin commodément rassurante aurait pu saper le rare sentimentalisme du reste du film, ses répercussions affectives sont bien plus importantes que ce que l’on aurait pu penser parce que ce long métrage s’inspire d’une histoire vraie. En effet, l’entomologiste qui fait l’objet de ce récit a bel et bien raconté son expérience pendant le tournage du film.

L’époustouflante cinématographique de Pierre Mignot a permis au Papillon bleu de remporter un prix Jutra en 2005. Le film a été mis en nomination au Mar del Plato Film Festival, à l’Oulu International Children’s Film Festival, aux Young Artist Awards et aux prix remis par la Guilde canadienne des réalisateurs.

Evelyn Ellerman